René-Maurice Gattefossé, fils de Louis, ingénieur chimiste, a dirigé la société durant la première moitié du XXe siècle. Inventif, curieux, il a engagé l’entreprise dans les industries de la parfumerie, de la cosmétique et de la pharmacie. La plus grande partie de sa vie a été consacrée à l’étude de la chimie des corps aromatiques, et à l’aromathérapie, dont il est l’inventeur.
En janvier 1907, Abel et René-Maurice créent Gattefossé & Fils. Pour la première fois, l’affaire familiale prend la forme juridique d’une entreprise. Les deux fils poursuivent l’œuvre de leur père Louis (lien), Abel demeurant aux manettes commerciales, René-Maurice à la recherche. Ce dernier, désireux de sensibiliser ses clients à l’usage des parfums synthétiques – nouveaux sur le marché et souvent décriés – publie plusieurs formulaires qui obtiendront un grand succès.
René-Maurice s’intéresse aux matières premières “naturelles” et en particulier aux huiles essentielles. En 1907, sous l’instigation du président de l’Union du Sud-Est des Syndicats Agricoles qui souhaite valoriser la lavande française, René-Maurice se rend en Haute Provence visiter les baïassières, ces grandes étendues de lavande sauvage. Il découvre un territoire laissé en déshérence et rencontre des lavandiculteurs qui travaillent dans des conditions rudimentaires. Très vite, il multiplie les actions pour à la fois améliorer la qualité de la production, augmenter les rendements, moderniser le matériel, “éduquer” les producteurs et organiser la profession. Il perfectionne le fonctionnement des alambics, dépose un brevet, participe à la création d’un syndicat de producteurs d’essence de lavande, achète une usine de distillation à vapeur, organise une coopérative de lavandiculteurs…
Porté par le succès de son engagement en faveur de la lavande provençale, René-Maurice lance en 1908 La Parfumerie Moderne, une revue professionnelle qui s’adresse aux parfumeurs, mais aussi aux producteurs d’essences, aux ingénieurs, aux agronomes. Tout en soutenant les intérêts de l’ensemble de la filière, La Parfumerie Moderne est aussi un outil de communication indirect pour l’entreprise.
Lorsqu’éclate la Première Guerre Mondiale, les trois frères Gattefossé – Abel, René-Maurice et le jeune Robert, troisième fils de Louis – sont mobilisés. Des trois, seul René-Maurice survivra. Blessé en 1915, ce dernier reprend ses activités professionnelles tout en se lançant corps et âme dans la promotion des vertus thérapeutiques des huiles essentielles qui, pense-t-il, peuvent sauver des vies en cette période si meurtrière.

C’est en 1910 que René-Maurice a personnellement expérimenté le pouvoir antiseptique et cicatrisant de l’huile essentielle de lavande. Atteint de gangrène gazeuse des deux mains suite à une explosion au laboratoire, il a l’idée d’appliquer cette essence sur ses plaies infectées. Guéri, il décide de se consacrer à l’étude de cette nouvelle thérapeutique. En 1916, il met au point le Salvol, « désinfectant aromatique » qu’il va faire expérimenter dans les hôpitaux, auprès des militaires d’abord, puis des civils lors de l’épidémie de grippe espagnole en 1918. Soutenu par des médecins convaincus, René-Maurice s’attache aussi à démontrer l’intérêt d’utiliser des essences déterpénées, qui, selon lui, sont plus solubles dans l’eau que les essences brutes. Une étape importante dans l’histoire de l’aromathérapie.
À l’hôpital lyonnais de l’Antiquaille, au sein du service de syphiligraphie du Professeur Jean Gaté, René-Maurice expérimente pendant les années 1930 les effets thérapeutiques des huiles essentielles, utilisant, pour ses préparations, les excipients émulsionnés de son gendre. Il vient de publier la synthèse du travail qu’il mène depuis deux décennies, ainsi qu’un état des lieux des données scientifiques, chimiques et pharmacologiques disponibles sur le sujet dans un ouvrage intitulé Aromathérapie – un terme dont il est l’inventeur. Envisageant une seconde édition, qui ne verra jamais le jour, il multiplie en cette période les expérimentations cliniques.
En 1940, René-Maurice achète un mas à côté de Saint-Rémy-de-Provence (dans le sud de la France), où il fait planter de la lavande, de la menthe, de la sauge, et d’autres aromatiques. Il y trouve un environnement propice pour rédiger de nombreux ouvrages relatifs à la cosmétique.
Le 21 avril 1950, René-Maurice, en visite chez son frère Jean (lien), demeurant à Casablanca, au Maroc, est brusquement emporté par un œdème pulmonaire.